REPRENDRE L’ENTREPRISE FAMILIALE

Reprendre l’entreprise familiale pose la question des enjeux identitaires, professionnels et familiaux des personnes concernées…

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1.La légitimité du fils ou de la fille repreneur(se) : Passer de l’identité familiale à l’identité professionnelle

  • La légitimité amène la question des enjeux : En succédant à son père ou sa mère, qu’est-ce que l’enfant accomplit ? S’agit-il d’un véritable projet personnel ? Répond-t-il de manière inconsciente à l’accomplissement du projet du parent ou de la lignée de la famille par exemple? Se donne-t-il le droit de voler de ses propres ailes ou vient-il chercher une forme de sécurité, celle du cadre familial reproduit dans le cadre professionnel ?
  • Quelle est la légitimité que se donne le fils ou la fille au sein de l’entreprise familiale ? Considère-t-elle qu’elle y a véritablement sa place ? Il sera plus facile pour elle de se sentir légitime lorsqu’elle aura déjà fait ses preuves (pour elle-même) ailleurs.

Si ce n’est pas le cas, il est préférable qu’elle veille à mettre en place une démarche de développement de ses propres compétences et de sa posture. Elle peut commencer très rationnellement à lister les compétences qu’elle détient et celles qu’elle va devoir acquérir.

Cela lui permettra de sécuriser sa prise de poste et sa montée en compétence et d’avoir ainsi de la visibilité. Des formations et un coaching pourront être également des aides précieuses.

  • Quelle est la légitimité que lui reconnaît l’ensemble du personnel ? Cette légitimité est inhérente à celle que la personne s’accorde. Cela pose notamment la question de son positionnement et du positionnement du parent transmetteur. Chacun doit avoir une place identifiée par tous.

2.Le positionnement du père et/ou de la mère cédant(e) : Clarifier ses enjeux dans cette transmission familiale et changer de posture

Pour le père ou la mère…, c’est faire le deuil de son positionnement de dirigeant, c’est accompagner le repreneur – et non son enfant- sur le chemin de l’autonomie.

C’est apprendre à lâcher-prise et lui permettre d’expérimenter, d’avancer pas à pas dans ce nouveau rôle. C’est accepter le droit à l’erreur, éviter de projeter quoi que ce soit sur son enfant, le laisser façonner progressivement à sa manière.

C’est éviter d’être le père ou la mère dans la relation professionnelle.

J’ai eu l’occasion d’accompagner des repreneurs d’entreprises familiales et le constat que j‘ai fait est la difficulté des repreneurs familiaux à trouver leur juste place, à oser dire non face à un père ou une mère, à mettre en place d’autres méthodes, un mode de management différent…

La coexistence pour les deux n’est pas aisée et il est fondamental de limiter la période de transmission de la direction de l’entreprise, sous peine de voir la personne s’essouffler.

Le père et/ou la mère ont l’enjeu que leur enfant pérennise l’entreprise qu’ils ont eux-mêmes crées ou reprise et la pression peut être forte… Plus forte que s’il s’agissait d’un inconnu.

C’est aussi savoir prendre de la hauteur afin d’éviter la porosité des situations et des enjeux familiaux et professionnels.

Cela nécessite de mettre en place des règles du jeu précises et d’avoir pour guides intérieurs la confiance et évidemment un amour inconditionnel.

Aurianne Loetscher